Intensifier le soutien mutuel

Femme parfaite

Les échanges et l’amitié qui existent entre Michèle et Mathieu ont contribué à élargir leur point de vue sur les bénéfices de cette relation. Leur mariage illustre bien le fait que l’absence de distribution sexuée des rôles n’entraîne pas une uniformisation terne, mais bien au contraire rend la relation plus riche et plus palpitante. Leur mariage est l’exemple d’une nouvelle sorte d’équipe « conjugale » qui semble plus répandue de nos jours. Qu’il s’agisse de diriger une petite station de radio ou un grand restaurant, les problèmes fondamentaux sont les mêmes. A l’époque de l’entreprise individuelle, des tas d’hommes et de femmes ont envie d’allier une relation amoureuse à une association professionnelle. Ils pensent que la relation la plus excitante et la plus stimulante est celle où l’association — à la fois sur le plan du travail et à la maison — enrichit l’amour.

La femme qui réussit

Claire, vingt-huit ans, semble vivre plus vite que tout le monde. Vibrante et enthousiaste, elle est toujours en mouvement. Claire a grandi en plein dans le tourbillon et le remue-ménage d’un quartier du Sentier. Sa mère était ouvrière-couturière dans une fabrique de vêtements et son père, qui avait fui la Pologne pendant la guerre, gagnait modestement sa vie en vendant des vêtements en gros. Claire commença à travailler dans l’industrie de la mode alors qu’elle était encore au lycée ; elle dessinait des modèles bon marché copiés sur ceux des stylistes. Quand elle eut vingt-quatre ans, l’originalité de ses modèles attira l’attention d’un investisseur qui l’aida à lancer, sur une petite échelle, ses propres collections de vêtements à prix modérés pour les femmes qui travaillent. Son entreprise emploie maintenant vingt-cinq personnes et ses représentants lui ont ouvert des débouchés dans des grands magasins à succursales multiples. «J’admets que, pendant longtemps, j’ai envié la réussite de Claire et son allant, nous avoue Jean-Pierre, l’ami de Claire depuis trois ans. Je l’agressais légèrement de temps à autre en lui reprochant d’être obsédée par l’argent et l’interrompais lorsqu’elle commençait à me parler de la dernière affaire qu’elle avait conclue. Je lui ai même fait beaucoup de peine en dénigrant les ambitions “ mal placées ” de la “ nouvelle femme d’affaires ” pour laquelle ses vêtements étaient confectionnés. Il m’a fallu longtemps pour comprendre qu’en fait j’étais jaloux de son aisance extraordinaire dans ce monde. » Il y a encore quelque années, Claire ne se sentait pas sûre de son intelligence, car elle n’était pas allée à l’université. Le temps aidant, elle surmonta cette insécurité et sa peur des gens en apprenant à discuter et à travailler avec toutes sortes de gens qu’elle rencontrait dans le monde professionnel. Elle apprit que l’estime qu’on se porte découle de ce qu’on fait, et elle adopta un style positif, enthousiaste et direct dans sa manière de traiter les affaires. Ajoutez-y la qualité et le style des vêtements qu’elle créait et ce fut une réussite fabuleuse. Claire fit la connaissance de Jean-Pierre un jour où il vint se plaindre qu’elle mettait la musique trop fort—il habitait l’étage au- dessous et venait d’emménager. Elle l’invita à boire une tasse de thé et, voyant qu’il était d’humeur maussade, lui demanda ce qui, mis à part la musique, n’allait pas. Ce qui n’allait pas, dit-il avec un soupir plein de frustration, c’est qu’il était en pleine bagarre dans son travail. Pendant les mois suivants, ils s’invitèrent de temps à autre, à tour de rôle, pour dîner, et leur amitié se transforma en une histoire d’amour. Jean-Pierre, pourtant, se sentait par moments mal à l’aise. Il lui disait alors un peu rudement : « Voilà, toi, tu es à la tête de ta propre boîte et moi, j’essaie encore de savoir ce que je veux faire de ma vie. » Jean-Pierre était intelligent et plein d’imagination dans son travail : il s’occupait des études de marché dans une agence de publicité ; mais il n’avait pas le savoir-faire social, le dynamisme et l’intuition des gens dont on a besoin dans un travail de collaboration tel que le sien. Dans les réunions, lorsqu’il n’arrivait pas à faire passer ses idées et en était frustré, il optait pour la défensive, ce qui invariablement le conduisait à l’échec. Une distance s’installait de plus en plus entre ses collègues et lui, mais il ne savait pas comment retourner la situation. Peu après avoir fait la connaissance de Claire, il commença à suivre des cours du soir de gestion. « Je savais qu’il essayait de se trouver, et cela me convenait très bien, se rappelle Claire. Mon travail est d’un horizon très limité et j’adorais l’entendre parler des cours intéressants qu’il suivait. Il partageait ses livres avec moi et m’emmenait à des conférences à l’université. Pour moi, c’était comme si je pouvais enfin acquérir l’expérience universitaire qui m’avait manqué. » La relation entre Claire et Jean-Pierre aurait pu être gâchée par la jalousie et la compétition. Au lieu de cela, Claire, s’étant rendu compte que Jean-Pierre enviait secrètement sa réussite, décida qu’elle était assez sûre d’elle et qu’elle allait faire en sorte de ne pas être atteinte par ses agressions occasionnelles. « Si j’avais pris sa frustration à mon compte, nous nous serions battus tout le temps et à la fin nous aurions rompu. Je ne lui ai donné aucun conseil — il ne m’en demandait pas —, j’ai attendu pour cela. » Claire ne perdit pas davantage son enthousiasme pour son propre travail sous prétexte que Jean-Pierre était frustré dans le sien. « Je considère que nous sommes deux individus différents et que nous avons tous deux besoin de respecter et d’accepter l’autre tel qu’il est. J’ai adopté cette ligne de conduite dès le départ et, plus que toute autre chose, je pense que c’est ce qui nous a permis de rester ensemble. » Au fil du temps, se trouvant dans l’environnement de Claire, Jean-Pierre commença à affiner ses propres capacités relationnelles. Il commença par lui demander comment elle traitait une négociation difficile ou un problème d’employé. L’énergie de Claire et sa conviction qu’on pouvait réussir étaient contagieuses. Son amour pour lui, l’exemple qu’elle lui offrait d’une femme d’affaires directe et pas prétentieuse, joints au fait qu’elle ne lui donnait que des conseils sur des points précis concernant la façon de résoudre habilement des problèmes professionnels internes, renforcèrent sa confiance en lui. Jean-Pierre a renoué avec sa carrière, a obtenu une promotion et, ce qui est encore plus important, trouve du plaisir à son travail. « Claire a été vraiment une source d’inspiration pour moi quand j’y repense, dit-il. Elle m’a fourni l’exemple de quelqu’un qui pouvait jouer le jeu tout en restant lui-même. Sans même que je m’en aperçoive, elle m’a servi de guide. Et là est la clé de tout : elle ne m’a jamais forcé ou critiqué. »